Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/234

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— La maladie… et nous avons faim. Celui-là meurt de faim, dit-il, montrant d’un signe de tête le petit garçon. Et il se mit à pleurer.

Elisée secoua son sac derrière son épaule, l’ôta, le posa par terre, puis le souleva sur le banc, et le dénoua hâtivement. Il prit le pain, un couteau, coupa un morceau et le tendit au paysan. Celui-ci ne le prit point et montra le petit garçon et la petite fille comme pour dire : « Donne-le leur à eux. » Élisée le donna au garçon.

Le petit garçon, sentant le pain, le saisit de ses petites mains, et y enfonça jusqu’à son nez. Une petite fille sortit de derrière le poêle, et fixa ses yeux sur le pain. Elisée lui en donna aussi. Il coupa encore un morceau et le tendit à la vieille. La vieille le prit et se mit à mâcher.

— Il faudrait apporter de l’eau, ils ont la bouche sèche, dit Elisée.

— Hier ou aujourd’hui, je ne m’en souviens plus déjà, je voulais apporter de l’eau, dit la vieille, et je suis tombée. C’est à peine si j’ai pu me traîner jusqu’à la maison. Et le seau est resté là-bas si on ne l’a pas pris.

Elisée demanda où était le puits. La vieille le lui indiqua. Il sortit, trouva le seau, apporta de l’eau et fit boire tout le monde. Les enfants mangèrent encore du pain avec de l’eau ; la vieille mangea aussi ; mais le paysan ne mangea pas.

— Je ne peux pas, disait-il.