Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/262

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— Bonjour, grand-père, dit-elle. As-tu fait bon voyage ?

Efim s’arrêta.

— Grâce à Dieu, je suis arrivé au but ; j’ai perdu ton vieux, mais j’ai appris qu’il est retourné au logis.

Et la vieille, qui aimait bavarder, se mit à raconter :

— Oui, dit-elle, il est revenu, notre patron ; il y a longtemps qu’il est revenu. C’était vers l’Assomption. Quelle joie quand Dieu nous l’a ramené ! Le temps nous paraissait si long sans lui ! Sa besogne n’est point considérable ; il n’est plus jeune, mais c’est toujours lui la tête de la maison ; et c’est plus gai, avec lui. Et le garçon comme il était content ! Sans lui, dit-il, la maison est comme un œil sans lumière. Nous nous ennuyons quand il n’est pas là. Que nous l’aimons et le dorlotons !

— Est-il chez lui maintenant ?

— Oui, grand-père, il est aux ruches, à soigner ses abeilles. Le miel abonde. Dieu a donné tant de force aux abeilles, que mon vieux n’a pas souvenance d’en avoir vu autant. La bonté de Dieu ne se mesure pas à nos péchés. Viens le voir, il sera tout aise.

Efim traversa le corridor et la cour et rejoignit Elisée au rucher. Il entra et vit Elisée, vêtu d’un cafetan gris, qui se tenait sous un petit bouleau, sans filet ni gants, les mains étendues, les yeux