Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/275

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pas comment L’honorer assez ; et lui, le Pharisien, il ne L’a pas bien accueilli ! » Voilà ce que je pensais et je m’assoupis. Dans mon assoupissement, frère, voilà que je m’entends appeler par mon nom. Je me lève ; la voix me semble murmurer : « Attends-moi, dit-elle, je viendrai demain. » Et ainsi deux fois de suite… Eh bien ! Me croiras-tu ? cela m’est resté en tête. J’ai beau me raisonner, je L’attends toujours, Lui, notre Père !

Stépanitch hocha la tête sans rien dire. Il acheva son thé, et coucha son verre sur la soucoupe. Mais Avdieitch le releva de nouveau et lui versa du thé.

— Prends, cela te fera du bien ! Je songe que Lui, notre Père, quand Il vivait sur la terre, Il ne rebutait personne ; et Il recherchait surtout les humbles. Il venait toujours chez les petits. Ses disciples, Il les a choisis parmi des gens comme nous, des pêcheurs, des ouvriers. « Celui qui s’élève sera abaissé, disait-il ; celui qui s’abaisse sera élevé… Vous m’appelez Seigneur, et moi je vous lave les pieds. Celui qui veut être le premier doit être le serviteur des autres. » Il disait aussi : « Heureux les pauvres d’esprit, les doux et les bienfaisants. »

Stépanitch avait oublié son thé. C’était un vieillard sensible. Il écoutait, et des larmes coulaient le long de ses joues.

— Eh bien ! prends encore, lui dit Avdieitch.