Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/295

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— C’est Malacha qui m’a éclaboussée exprès.

La mère d’Akoulina empoigna Malacha et la frappa sur la nuque. Malacha se mit à crier si fort qu’on l’entendit de toute la rue. Sa mère se précipita au dehors :

— Pourquoi bats-tu la mienne ? fit-elle. Et elle dit des grossièretés à sa voisine.

La querelle s’envenima. Les femmes allaient se prendre aux cheveux. Les paysans sortirent de leurs maisons, et une foule s’amassa dans la rue. Tout le monde criait à la fois, personne n’écoutait l’autre. On s’injuriait, on se bousculait, une bagarre était imminente, lorsqu’une vieille, la grand’mère d’Akoulina, se jeta au milieu des paysans pour leur faire entendre raison.

— Que faites-vous donc, mes amis ? Et dans un pareil jour ! Pécher de la sorte, alors qu’il faudrait se réjouir !

Mais on ne l’écouta point. Elle faillit même être renversée ; et la vieille n’aurait pu les apaiser sans Akoulina et Malacha elles-mêmes.

Tandis que les femmes s’injuriaient, Akoulina avait essuyé sa robe. Elle retourna en courant à la mare, prit un petit caillou et creusa la terre pour que l’eau pût s’échapper dans la rue. Pendant qu’elle était ainsi occupée, Malacha s’approcha de son côté, et à l’aide d’un bâton, se mit à tracer une petite rigole.

Déjà les paysans commençaient à échanger des