Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/33

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Je connaissais la séduction qu’exerce la littérature : l’appât du gain énorme et des applaudissements qui récompensent un mince travail. Et je vis dans la littérature le moyen d’améliorer ma situation matérielle, d’étouffer dans mon âme toutes les questions sur le sens de ma propre vie, et de la vie, en général.

J’écrivais, enseignant ce qui était pour moi l’unique vérité : qu’il fallait vivre de manière à se rendre soi-même et sa famille le plus heureux possible.

Ainsi je vécus. Mais il y a cinq ans, quelque chose d’étrange commença à se manifester en moi. D’abord ce furent des moments d’étonnement, d’arrêt de la vie, comme si je ne savais pas comment vivre, ni que faire ; et je devenais inquiet et triste. Ces moments passés, je continuais à vivre comme auparavant. Par la suite ces moments de perplexité devinrent de plus en plus fréquents, mais toujours sous la même forme. Ces arrêts dans la vie s’exprimaient toujours par les mêmes questions : Pourquoi ? Eh bien ? Et après ?

D’abord il me sembla que c’étaient là des questions inutiles, sans but. Il me parut que tout cela était connu et que si je voulais un jour m’occuper de les résoudre, ce ne serait guère difficile, qu’alors je n’en avais pas le temps mais que je trouverais la réponse dès que je le voudrais. Mais les questions se posèrent de plus en plus fréquemment. De plus en