Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/368

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boire de l’eau-de-vie. Il est fatigué et voudrait boire aussi. Il reste assis, il reste, avalant sa salive ; le patron ne lui donne pas d’eau-de-vie. Il marmotte entre ses dents : « Est-ce qu’on peut avoir de l’eau-de-vie pour tout le monde ! »

Cela plut au diable, et le diablotin se glorifie :

— « Attends, tu verras, ce sera encore pire. »

Les riches paysans ont bu, l’hôte aussi. Ils commencent à se flagorner les uns les autres, à prononcer des paroles mensongères ou calomniatrices. Le grand chef écoute, écoute, il complimente pour cela le diablotin aussi. — « Si ce breuvage, dit-il, les pousse à se flagorner et à se tromper les uns les autres, alors ils seront tous entre nos mains. » — « Attends, dit le diablotin, ce n’est pas tout. Laisse-les boire encore un petit verre. Maintenant ils sont comme des renards qui remuent la queue les uns devant les autres, ils veulent se tromper mutuellement ; mais regarde, tout à l’heure ils deviendront méchants comme des loups. »

Les paysans vident encore un petit verre ; leurs paroles deviennent plus vives, plus grossières. Au lieu de flagorneries ce sont des injures. Ils s’irritent les uns contre les autres, sont prêts à se battre, s’arrachent le nez. L’hôte prend part à la mêlée ; lui aussi est battu.

Le grand chef regarde. Cela aussi lui fait plaisir :

— « Cela, dit-il, c’est bien. » Et le diablotin reprend : — « Attends, ce sera pis encore ! Qu’ils