Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/453

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L’archevêque avait beau regarder, faute d’habitude il ne distinguait rien dans cette mer étincelant au soleil.

— Je ne vois pas, dit-il. Mais quels sont ces vieillards ? Comment vivent-ils ? Comment font-ils leur salut ?

— Ce sont des hommes de Dieu, répondit le paysan. J’avais entendu parler d’eux depuis bien longtemps, mais je n’avais jamais eu l’occasion de les voir. L’été dernier je les ai vus.

Et le pêcheur recommença son récit… Un jour, en allant à la pêche, il fut poussé contre cet îlot, lorsqu’il aperçut une toute petite grotte, et près d’elle, un vieillard bientôt suivi de deux autres. Ils le firent manger, mirent ses vêtements à sécher, et l’aidèrent à réparer sa barque.

— Comment sont-ils ? demanda l’archevêque.

— L’un est petit, courbé, et très vieux. Il est vêtu d’une vieille soutane et paraît avoir plus de cent ans. Les poils blancs de sa barbe commencent à devenir verdâtres. Il est souriant et calme comme un ange du ciel. Le second est un peu plus grand, aussi vieux ; il porte un cafetan troué, et sa large barbe grise a des reflets jaunes. Il est très vigoureux, il a retourné ma barque comme un baquet sans même que j’eusse le temps de l’aider. Lui aussi était joyeux. Le troisième est très grand, sa barbe d’une blancheur de cygne lui descend jusqu’aux genoux. Il est triste, les sourcils hérissés au-dessus des