Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/52

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ce que, pour répondre à la question qui se pose à chaque homme : « Que suis-je ? » ou : « Pourquoi est-ce que je vis ? » ou : « Que dois-je faire ? » l’homme doit, avant tout, résoudre cette question : « Qu’est-ce que c’est que la vie de toute l’humanité ? » alors que, de l’humanité, il ne connaît qu’une toute petite partie en une période de temps infiniment petite. Pour comprendre ce qu’il est, l’homme doit comprendre auparavant ce qu’est toute cette humanité mystérieuse, formée des mêmes hommes que lui-même, et qui ne se comprennent pas.

Je dois avouer qu’à une certaine époque, j’ai cru à cela. J’avais toujours, alors, un idéal favori qui justifiait mes caprices, et j’essayais d’inventer une théorie me permettant d’envisager mes caprices comme la loi de l’humanité. Mais aussitôt qu’en toute sa clarté pénétrait en mon âme la question de la vie, cette réponse tombait en poussière. Et de même qu’avec les sciences expérimentales j’avais compris qu’il y a de vraies sciences et des demi-sciences qui tâchent de donner une réponse à des questions pour lesquelles elles ne sont pas compétentes, de même, dans ce domaine, j’ai compris qu’il y a une série entière de sciences, les plus répandues, qui tâchent de répondre à des questions qu’elles ne sauraient résoudre. Les demi-sciences de ce domaine — les sciences juridiques, sociales, historiques — s’efforcent de résoudre la question