Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/60

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nous à la vie ? Pour nous débarrasser du corps et de tout le mal qu’engendre la vie corporelle. Si c’est ainsi, comment ne nous réjouissons-nous pas quand la mort vient à nous ? Le sage, pendant toute sa vie, cherche la mort. C’est pourquoi la mort ne l’effraye pas. »

Et voici ce que dit Schopenhauer :

« Ayant compris l’essence intime du monde comme une volonté, et dans tous les phénomènes, depuis la tendance inconsciente des forces obscures de la nature jusqu’à l’activité pleinement consciente de l’homme, n’ayant compris que la réalité de cette volonté, nous ne pourrons éviter la conséquence suivante : avec la libre négation, avec la destruction de la volonté, disparaîtront aussi tous ces phénomènes, cette précipitation continuelle et l’attraction sans but ni repos, par tous les grades de la réalité dans laquelle et à l’aide de laquelle existe le monde. La diversité des formes successives disparaîtra, ainsi que tous ces phénomènes avec leurs formes générales, l’espace et le temps ; et finalement la dernière forme fondamentale : le sujet et l’objet. S’il n’y a pas de volonté, il n’y a pas de représentation, il n’y a pas d’univers. Devant nous il ne reste sans doute rien. Mais ce qui s’oppose à ce passage au néant, — notre nature, — n’est que cette même volonté de l’existence (Wille zum Leben) de laquelle nous dépendons comme notre monde. Le fait que nous avons si peur du néant, ou, ce qui