Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/69

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encore aperçu cette question de la vie qui se présentait à Schopenhauer, à Salomon, à Bouddha. Elles ne voient ni le dragon qui les attend, ni les souris qui rongent le buisson auquel elles s’accrochent, et elles sucent les gouttes de miel. Mais cela ne durera que jusqu’au moment où quelque chose attirera leur attention sur le dragon et sur les souris, et alors elles cesseront de sucer le miel.

De ces personnes je n’ai rien à apprendre. On ne peut cesser de savoir ce qu’on sait.

La seconde issue, c’est l’épicurisme. Elle consiste, bien que connaissant le désespoir de la vie, à profiter des biens qui s’offrent à nous, à ne regarder ni le dragon ni les souris, à sucer le miel le plus agréablement possible, surtout s’il y en a beaucoup. C’est ce que Salomon exprime ainsi :

« C’est pourquoi j’ai prisé la joie, parce qu’il n’y a rien sous le soleil de meilleur à l’homme que de manger et de boire et de se réjouir ; et c’est ce qui lui demeurera de son travail, durant les jours de sa vie que Dieu lui donne sous le soleil. »

« Va donc, mange ton pain avec joie et bois gaîment ton vin, parce que Dieu a déjà tes œuvres pour agréables. Vis joyeusement tous les jours de la vie de ta vanité avec la femme que tu as aimée, laquelle t’a été donnée sous le soleil pour tous les jours de ta vanité… Fais selon ton pouvoir tout ce que tu auras moyen de faire ; car dans le