Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/71

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pouvais — pas plus qu’aucun autre homme — détourner les yeux des souris et du dragon, une fois que je les avais vus.

La troisième issue est celle de la force et de l’énergie. Elle consiste à détruire la vie, après avoir compris qu’elle est un mal et une absurdité. Ainsi font les rares hommes qui soient forts et logiques. Ayant compris la stupidité de la plaisanterie qui nous est jouée ; ayant compris que le bien des morts est supérieur à celui des vivants et qu’il vaut mieux ne pas être, ils mettent fin d’un coup à cette plaisanterie imbécile. Par bonheur, les moyens ne manquent pas : la corde, l’eau, le couteau, le train de chemin de fer, etc. Le nombre des personnes de notre société, qui agissent ainsi, devient de plus en plus grand.

Pour la plupart, elles agissent ainsi dans la plus belle période de leur existence, quand leur âme est en plein épanouissement, quand elles n’ont pas encore acquis ces habitudes qui dégradent l’esprit humain.

Cette issue me semblait la plus digne : je voulais la choisir.

La quatrième issue, c’est la faiblesse. On a compris le mal et l’insanité de la vie, mais on continue de vivre, sachant d’avance qu’il n’en sortira rien. Les hommes de cette espèce savent que la mort est meilleure que la vie, mais n’ayant pas la force d’agir raisonnablement, d’en finir au plus vite avec