Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/74

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Les considérations sur la vanité de la vie ne sont pas si extraordinaires, et elles ont été faites depuis bien longtemps par les gens les plus simples ; et cependant on a vécu et l’on vit encore. Pourquoi donc vivent-ils tous sans mettre en doute la raison d’être de la vie ?

Mon savoir, confirmé par la sagesse des sages, m’a révélé que tout au monde, l’organique et l’inorganique, est arrangé avec une intelligence merveilleuse, et que seule ma situation est stupide. Et ces imbéciles — la multitude des hommes — ne savent rien du monde organique et inorganique, et ils vivent, et leur vie leur semble très raisonnable !…

Il me venait en tête : il y a peut-être autre chose que j’ignore ? L’ignorance agit toujours de cette façon. Elle dit toujours de ce qu’elle ne sait pas, que c’est stupide. Il y a évidemment une humanité entière qui a vécu et qui vit, tout en ayant l’air d’avoir compris le sens de sa vie ; sans quoi, elle n’aurait pu vivre ; et moi, je dis que toute cette vie est un non-sens, que je ne puis vivre.

Personne ne nous empêche de nier la vie par le suicide. Eh bien ! Alors, tue-toi, et tu ne raisonneras plus ! La vie ne te plaît pas, tue-toi ! Si tu vis sans pouvoir comprendre le sens de la vie, alors finis-en, mais ne te tourmente pas dans cette vie en racontant que tu ne la comprends pas ! Tu es venu au milieu d’une compagnie très gaie ; tous se