Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/87

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Et je me rappelai toute la marche de mon travail intérieur, et je fus terrifié ! Maintenant il était clair pour moi que l’homme, pour vivre, doit ou ne pas voir l’infini ou avoir une telle explication du sens de la vie que le fini équivale à l’infini. Une telle explication était en moi, mais elle ne m’était pas nécessaire tant que je croyais au fini ; et je la soumis au contrôle de la raison. À la lumière de la raison toute l’explication précédente s’écroula. Puis le temps vint où je ne crus plus au fini. Alors je commençai à construire sur les bases de la raison une explication qui me donnât le sens de la vie ; mais rien ne s’édifiait. Avec les meilleurs esprits de l’humanité, j’arrivai à ce résultat que 0 = 0, et en fus très surpris, alors qu’il n’en pouvait arriver aucun autre. Que faisais-je lorsque je cherchais une réponse dans les sciences expérimentales ? Je voulais savoir pourquoi je vivais, et pour cela j’étudiais tout ce qui était hors de ma vie. Il est clair que je pouvais apprendre beaucoup de choses, mais rien de ce qui m’était nécessaire.

Que suis-je, moi ? Une partie de l’infini. Dans ces deux mots est tout le problème. Est-ce que toute l’humanité ne s’est posé cette question qu’hier ? Est-ce que personne avant moi ne s’est posé une question si simple, qui est au bout de la langue de tout enfant intelligent ? Cette question a été posée depuis que les hommes existent, et