Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/151

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L’amour actif.

Je ne parle pas de l’amour d’un jeune homme pour une jeune femme, ou inversement, — j’ai peur de ces affections, j’ai été si malheureux dans ma vie parce que je n’ai jamais vu dans cette sorte d’amour une étincelle de vérité, mais seulement le mensonge dans lequel la sensualité, les relations conjugales, l’argent, le désir de lier ou de délier les mains, se mêlent tellement au sentiment qu’on ne peut rien comprendre. Je parle de l’amour humain, de l’amour qui, grâce à la plus ou moins grande force de l’âme, se concentre sur un, ou sur plusieurs : de l’amour maternel, paternel, filial, fraternel, de l’amour envers les camarades, envers un ami, un compatriote, de l’amour humain.

L’amour esthétique consiste à aimer la beauté du sentiment même et son expression. Pour les personnes qui aiment de cette façon, l’objet aimé n’est aimable qu’autant qu’il excite ce sentiment agréable dont elles jouissent en conscience et en fait. Les personnes qui aiment d’un amour esthétique se soucient fort peu de la réciprocité, comme d’une circonstance qui n’a aucune influence sur la beauté et le charme du sentiment. Elles changent souvent l’objet de leur amour, puisque leur but principal consiste seulement en ce que le sentiment agréable de l’amour soit toujours éveillé. Pour conserver en elles ce sentiment agréable, elles parlent toujours, dans les termes les plus élégants, de