Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/196

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un petit tas, dira : « Voilà ce qu’il ne faut pas jouer parce que jamais rien de pire, de moins de goût et de plus bête que cela n’a été écrit sur du papier à musique » — et c’est probablement ce que vous trouverez sur le piano de chaque demoiselle russe. Il est vrai que nous avions aussi les malheureuses Sonates pathétiques et en si bémol de Beethoven — toujours écorchées par les demoiselles et que Lubotchka jouait en souvenir de maman, et encore d’autres belles choses que lui avait données son professeur de Moscou, mais il y avait aussi les œuvres de ce professeur, des marches absurdes et des galops que jouait aussi Lubotchka. Moi et Katenka n’aimions pas les choses sérieuses et préférions à tout Le Fou et le Rossignol que Katenka jouait de telle façon qu’on ne voyait plus ses doigts. Je commençais à jouer assez haut et distinctement, je m’adaptais le geste du jeune homme, et souvent je regrettais qu’il n’y eût pas d’étrangers pour me regarder jouer, mais bientôt Listz et Kalkbrener dépassèrent mes forces, et je vis l’impossibilité de rattraper Katenka. M’imaginant à cause de cela que la musique classique était plus facile, et un peu par originalité, je décidai d’un coup que j’aimais la musique allemande savante, et je m’enthousiasmais quand Lubotchka jouait la Sonate pathétique, bien qu’à vrai dire, depuis fort longtemps, cette Sonate m’assommât au plus haut degré. Moi-même je me mis à jouer du Beethoven que je pro-