Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/224

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Kharlampitch, au lieu de nous embarrasser de ce litige, je compte tout simplement leur abandonner ce maudit terrain, hein ? Qu’en penses-tu ? »

Je m’imagine comment Iakov, à pareil propos, dut agiter ses doigts derrière son dos, et comment il prouva que tout de même notre cause était juste, « Piotr Alexandrovitch ».

Mais papa donna l’ordre d’atteler la voiture, prit son habit olive, à la mode, peigna le reste de ses cheveux, plongea son mouchoir dans les parfums, et avec la joyeuse humeur que lui donnaient la conviction d’agir en grand seigneur, et surtout l’espoir de voir une jolie femme, il partit chez les voisins.

Je sais seulement qu’à sa première visite, papa ne trouva pas Piotr Vassilievitch, qui était dans les champs et qu’il resta deux heures seul avec les dames. Je me représente comment il se confondit en amabilités, comment il les charma en tapotant de son soulier, en sifflotant et en faisant ses petits yeux. Je m’imagine aussi comment, tout d’un coup, s’éprit tendrement de lui la joyeuse petite vieille, et quel fut le plaisir de sa froide et belle fille.

Quand la servante, tout essoufflée, courut annoncer à Piotr Vassilievitch que le vieil Irteniev lui-même était venu, je m’imagine comment il répondit avec colère : « Eh bien ! Qu’est-ce que cela fait qu’il soit venu ? » et comment, à cause de cela, il se dirigea vers la maison le plus lentement pos-