Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/25

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mencer ma vie avec des relations tout à fait nouvelles, que le passé ne me pesait pas, ne me liait pas. Je trouvais même du plaisir à ce dégoût du passé et je tâchais de le voir plus sombre qu’il n’était. Plus la masse des souvenirs du passé était noire, plus le présent s’en détachait pur et clair, et plus vives devenaient les nuances de l’arc-en-ciel de l’avenir. Cette voix du regret et du désir passionné de perfection, fut la principale sensation nouvelle de cette époque de mon développement moral et servit de base à mon opinion sur moi-même, sur les autres et sur l’univers. Voix bénie, consolante, qui tant de fois, dans les moments tristes où l’âme se soumettait en silence à la puissance du mensonge et de la dépravation de la vie, se révoltait spontanément et audacieusement contre toute injustice, qui dénonçait le passé, qui indiquait, en le faisant aimer, le point lumineux du présent, et promettait, pour l’avenir, le bien et le bonheur, — voix tendre et consolante, cesseras-tu jamais de résonner ?