Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/251

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Même la princesse, mondaine par nature, était confuse et me regardait d’un air de reproche. Je continuais à sourire. À ce moment critique, Volodia qui, en me voyant parler avec chaleur, désirait sans doute savoir comment je rachetais par la conversation mon refus de danser, s’approcha de nous avec Doubkov. En voyant ma physionomie souriante et la mine effrayée de la princesse, et en entendant l’affreuse bêtise par laquelle je terminais, il rougit et se détourna. La princesse se leva et s’éloigna de moi. Je souriais quand même, mais je souffrais tant de la conscience de ma bêtise, que j’étais prêt à rentrer sous terre, et que j’éprouvais, coûte que coûte, le besoin de me mouvoir, de dire quelque chose pour changer cette situation.

Je m’approchai de Doubkov et lui demandai s’il avait dansé beaucoup de valses avec elle. Je feignais d’être frivole et gai, mais en réalité je mendiais le secours de ce même Doubkov auquel j’avais crié, au dîner chez Iar : « Taisez-vous ! » Doubkov eut l’air de ne pas m’entendre et se détourna. Je m’approchai de Volodia et par un effort surnaturel je dis, en tâchant de donner à ma voix le ton de la plaisanterie : « Eh bien ! Volodia, es-tu esquinté ? » Mais Volodia me regarda d’un air de dire : « Tu ne parles ainsi avec moi que quand nous sommes seuls », et en silence il s’éloigna de moi, craignant évidemment que je ne m’accrochasse à lui : « Mon Dieu ! mon frère aussi m’abandonne ! » pensai-je.