Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/256

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année, il n’y a pas de camaraderie. Mais déboutonnez-vous donc… ou ôtez tout à fait. Voilà, comme lui. » En effet, l’étudiant de Derpt avait ôté son veston et les manches blanches de sa chemise relevées jusqu’au dessus des coudes blancs, les jambes écartées, il allumait déjà le rhum dans la soupière.

— Messieurs, éteignez les bougies ! — cria tout à coup l’étudiant de Derpt, et aussi haut que si tous eussent crié ensemble. Nous tous, en silence, regardions la soupière, la chemise blanche de l’étudiant de Derpt, et sentions que le moment solennel était venu.

Löschen sie die Lichter aus ! Frost — cria de nouveau, en allemand, l’étudiant de Derpt, sans doute trop échauffé. Frost et nous tous éteignîmes les bougies. La chambre devint obscure ; seules les manches blanches et les mains qui soutenaient le pain de sucre sur les épées étaient éclairées par la flamme bleuâtre. Le ténor aigu de l’étudiant de Derpt n’était plus isolé, car dans tous les coins de la chambre, on parlait et riait. Beaucoup enlevaient leurs vestons (surtout ceux qui avaient des chemises fines et tout à fait fraîches). Je fis de même et compris que c’était commencé. Bien qu’il n’y eût encore rien de gai, j’étais fermement convaincu que ce serait admirable quand nous boirions un verre de la boisson qui se préparait.

Le breuvage était prêt. L’étudiant de Derpt en