Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/329

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lence ? Vous savez vous-même ce qu’est notre terre ? de l’argile et du sable, et probablement avons-nous excité la colère de Dieu, car depuis le choléra, la terre ne donne pas de blé. Maintenant nous avons aussi moins de prairies ; les unes ont été séquestrées pour l’exploitation du seigneur et les autres ont été prises pour ses champs. Moi je suis seul et vieux… Je serais heureux de travailler, mais il n’y a pas de force. Ma vieille est malade et chaque année, elle me donne une fille, il faut tous les nourrir. Je travaille seul, et à la maison, il y a sept âmes. Il faut l’avouer, c’est un péché devant Dieu, mais je pense souvent : que Dieu prenne plus vite quelqu’un d’entre eux. Pour moi ce serait plus facile et pour eux ce serait mieux que de se tourmenter ici…

— Oh ! oh ! — soupirait lentement la femme, comme pour confirmer les paroles de son mari.

— Voilà toute mon aide — continua Tchouris, en désignant un gamin de sept ans à la tête blonde et sale, avec un ventre énorme et qui, à ce moment, ouvrait timidement et doucement la porte, rentrait dans l’izba, et la tête baissée, regardait en dessous le seigneur. De ses deux petites mains, il s’accrocha à la chemise de Tchouris. Voilà mon seul aide — continua-t-il d’une voix sonore, en caressant de sa main rugueuse les cheveux blonds de l’enfant. — Et combien de temps faudrait-il l’attendre ! Pour moi, le travail est déjà hors de mes