Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/370

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


seigneur en inclinant tristement la tête et en descendant à grands pas dans le village : « Que dois-je faire de lui ? Le laisser dans cette situation, je ne le puis pas, pour moi, pour l’exemple aux autres et pour lui-même », — fit-il en comptant différentes causes sur ses doigts. — « Je ne puis le voir dans cette situation, et comment l’en faire sortir ? Il renverse mes meilleurs plans d’organisation. S’il reste de pareils moujiks, mes rêves ne se réaliseront jamais », — pensa-t-il avec du dépit et de la colère contre le moujik qui détruisait ainsi ses plans. — « Le déporter, comme dit Iakov, s’il ne veut pas lui-même son propre bien, ou l’enrôler comme soldat ? C’est vrai, du moins je me débarrasserais de lui et je le remplacerais par un bon moujik», raisonnait-il.

Il pensait à cela avec plaisir, mais en même temps sa conscience, vaguement, lui disait qu’il n’envisageait l’affaire que sous un seul point de vue et que ce n’était pas bon. Il s’arrêta : « Mais à quoi pensé-je ? » se demanda-t-il, « oui, l’enrôler ou le déporter. Mais pourquoi ? C’est un homme brave, meilleur que beaucoup d’autres et comment puis-je savoir… L’affranchir, le laisser libre », pensa t-il, abordant cette fois la question par ses divers côtés. « Non, c’est injuste, impossible. » Mais tout à coup, il lui vint une idée qui le réjouit, il sourit avec l’expression d’un homme qui a résolu un problème difficile. « Le