Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/44

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poids de cuivre suspendus par des chaînettes ; sur une cloison réunie au plafond par des lattes blanchies à la chaux (derrière se trouvait probablement le lit), deux soutanes étaient accrochées à des clous.

Les fenêtres donnaient sur une muraille blanche distante de deux archines. Entre elle et les fenêtres, il y avait un petit buisson de lilas. Aucun bruit du dehors ne pénétrait dans la chambre, si bien qu’au milieu de ce silence, le tic-tac régulier, agréable, du balancier semblait un bruit très fort. Aussitôt que je demeurai seul dans ce petit coin paisible, tous mes souvenirs anciens et mes pensées sortirent de ma tête comme s’ils n’y étaient jamais entrés et je me plongeai tout entier dans une rêverie agréable, indicible. Cette soutane en nankin jaunâtre, à doublure déchirée, ces reliures de cuir noir, usées, ces livres à fermoir de cuivre, ces plantes d’un vert sombre, ces allées soigneusement ratissées, ces feuilles lavées, et surtout le bruit régulier, monotone du balancier, me parlaient très nettement d’une vie nouvelle, jusqu’ici inconnue, d’une vie de solitude, de prière, de bonheur doux et paisible.

« Les mois, les années passent » pensai-je, « et il est toujours seul, toujours tranquille, il sent toujours que sa conscience est pure devant Dieu et qu’Il écoute sa prière. » Pendant une demi-heure, je restai assis sur la chaise, m’efforçant de ne pas