Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/81

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geâtre, coupé très finement, j’y posai la mèche enflammée, et prenant le tuyau entre le majeur et l’annulaire (mouvement de main qui me plaisait surtout), je me mis à fumer.

L’odeur du tabac était très agréable, mais dans la bouche c’était très amer et j’avais peine à respirer. Pourtant, le cœur serré, je fumai assez longtemps, essayant d’aspirer et de pousser des spirales. Bientôt toute la chambre était pleine de nuages bleuâtres de fumée, la pipe commençait à crépiter et le tabac chaud sautait. Je sentais une amertume dans la bouche, et dans la tête un léger vertige. Déjà je voulais cesser et seulement me regarder avec la pipe dans le miroir, mais à mon grand étonnement, mes jambes vacillèrent, la chambre se mit à tourner, et en jetant un coup d’œil dans le miroir duquel je m’approchai avec peine, je vis que mon visage était blanc comme un linge. À peine étais-je retombé sur le divan que je ressentis un tel mal au cœur et une telle faiblesse, que je m’imaginai que la pipe était mortelle pour moi et crus que j’allais mourir. Sérieusement effrayé, je voulais déjà appeler à mon secours le domestique et envoyer chercher le médecin.

Cependant, cette peur ne dura pas longtemps, je compris bientôt ce que j’avais, et avec un affreux mal de tête, tout à fait faible, je restai longtemps allongé sur le divan, en fixant avec une attention stupide le blason du Bostenjoglo dessiné sur le