Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/88

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Volodia emmena Doubkov et Dmitri me prit dans son phaéton.

— À quoi ont-ils joué ? — demandai-je à Dmitri.

— Au piquet. C’est un jeu sot et en général le jeu est une sottise.

— Jouent-ils gros jeu ?

— Pas gros, cependant, ce n’est pas bien.

— Vous ne jouez pas ?

— Non, je me suis donné la parole de ne pas jouer ; et Doubkov ne peut se passer de gagner quelqu’un.

— Ce n’est pas bien de sa part, — dis-je. — Probablement que Volodia joue plus mal que lui ?

— Sans doute, ce n’est pas bien, mais ici il n’y a rien d’extraordinairement mauvais. Doubkov aime jouer et sait jouer, et malgré tout, c’est un excellent homme.

— Mais, je n’ai pas du tout pensé… — objectai-je.

— Et on ne pense de lui rien de mal, parce que c’est vraiment un brave garçon. Moi, je l’aime beaucoup et je l’aimerai toujours, malgré toutes ses faiblesses.

Il me semble, je ne sais pourquoi, que Dmitri défendait si chaleureusement Doubkov précisément parce qu’il ne l’aimait déjà plus et ne l’estimait pas, mais qu’il ne voulait pas l’avouer, partie par entêtement, partie pour qu’on ne pût l’accuser d’inconstance. Il était de ces hommes qui aiment