Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol21.djvu/29

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parole est infaillible. En agissant ainsi, elle compromettait tout ce qu’elle acceptait. En posant le sceau de l’infaillibilité sur le blanc, le clair et le gris, séparés dans la tradition, c’est-à-dire sur la doctrine plus ou moins pure, elle s’est privée du droit de coordonner, d’éplucher, d’expliquer ce qui est admis. Or, c’était son devoir, et elle ne le fait pas. Tout est sacré : les miracles et les actes des apôtres ; les conseils de saint Paul sur le vin ; le délire de l’Apocalypse, etc. De sorte qu’après dix-huit siècles d’existence, ces livres nous sont présentés sous le même aspect grossier, qu’ils revêtirent tout d’abord, pleins d’insanités et de contradictions.

Ayant admis que chaque parole de l’Écriture est une vérité sacrée, l’Église s’est efforcée de coordonner, d’expliquer, de résoudre ses contradictions, de les interpréter, et elle a fait dans ce sens tout ce qu’elle pouvait ; c’est-à-dire qu’elle a donné le plus de sens possible à ce qui n’en a point. Mais la première erreur était fatale. Dès l’instant que l’Église avait reconnu tout comme la vérité sainte, il fallait justifier tout, fermer les yeux, cacher, fausser, tomber dans la contradiction, et hélas ! souvent aussi dans le mensonge. Acceptant tout sur parole, l’Église devait en fait renoncer à certains livres, par exemple, à l’Apocalypse et en partie aux Actes des Apôtres, qui, pour la plupart, n’ont rien d’instructif et parfois même sont sédi-