Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol21.djvu/429

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


beaucoup plus efficace et plus prévoyante. Le discours est donc adressé à la fois à ceux qui se préoccuperaient exclusivement de leurs devoirs matériels, et à ceux qui le feraient avec un certain manque de confiance dans le gouvernement providentiel du monde, aux gens de petite foi. Le souci est donc ici autre chose que le soin légitime qu’on aurait pour les siens ou pour soi-même ; c’est ce qui entrave la liberté de l’esprit et trouble sa sérénité, ce qui naît de l’absence ou de la faiblesse de la foi en Dieu.

4. Cette idée est un peu variée dans le dernier verset, 34. Au fond, c’est toujours la recommandation de ne point se laisser absorber par les soucis matériels, mais elle est ici individualisée d’une autre manière que tout à l’heure. Occupez-vous aujourd’hui, est-il dit, de ce qui regarde le présent, le besoin immédiat. Remettez à Dieu le soin du lendemain. Chaque jour amène son devoir et sa peine. Ménagez-vous chaque jour la liberté d’esprit nécessaire pour remplir aussi les devoirs de l’autre sphère de votre vie ; n’épuisez point vos forces en agrandissant sans nécessité le cercle d’activité matérielle immédiate sur lequel vous les exerceriez ; ménagez-les en les répartissant sagement au jour le jour. De cette manière, il vous en restera toujours de disponibles pour des choses plus essentielles.

De sorte que chacun des cinq préceptes est rejeté ou déformé. Il est donc naturel de rejeter la conclusion. Et, chose remarquable, la conclusion est rejetée et jugée paradoxale, non à cause de la fausseté de la conclusion même, mais parce quelle ne concorde pas avec l’état de choses existant, de même qu’elle ne concordait pas avec lui quand elle fut proclamée. Mais c’est peu, la conclusion est reconnue fausse non parce que rien ne concorde avec sa