Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol22.djvu/205

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loi de Judas l’Iscariote qu’il n’est personne qui, devant un acte pareil, n’eût dit que c’était l’acte d’un fou et même un acte mauvais. L’exemple est des plus frappants. Le vase contenant l’huile précieuse, comme le sont maintenant les essences de roses, est brisé, l’huile se répand, et voilà trois cents roubles de perdus. Pourquoi ? À qui est-ce utile ? Et là, dans la rue, il y a des centaines de mendiants ; ne valait-il pas mieux les leur donner ? Cela devait être agréable à Jésus ; lui-même a pitié des pauvres. Comment donc ne pas blâmer cette femme stupide ? C’est ce que fait Judas et tous les disciples après lui. Et le raisonnement qui condamne l’acte de la femme stupide est si clair, qu’on n’y peut contredire.

Mais Jésus-Christ non seulement n’a pas blâmé la femme, il la loue. Il dit : Partout, dans tout l’univers où l’on annoncera le vrai bien, on parlera de ce qu’elle a fait.

Elle a renoncé à la richesse au nom de la pitié. Par pitié, elle a fait une chose insensée aux yeux du monde. Dans son acte elle a mis les deux éléments principaux de la doctrine de Jésus : rendre tout ce que l’on possède, et plaindre et aimer son prochain. Dans un seul acte, elle a remis et eu pitié. Elle a brisé le vase contenant l’huile, elle a perdu tout ce qu’elle possédait ; elle a versé l’huile sur la tête de Jésus parce qu’elle ressentait pour lui de la pitié. Quel sera le résultat de cet acte ? C’est Judas qui y