Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/131

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la doctrine du Christ, et soient diamétralement opposés à cette doctrine. Il est encore plus difficile de deviner que ce même serment, que nous font prêter les gardiens de la loi de Christ, est directement réprouvé par cette loi ; de même il est terriblement difficile de deviner que ce qui, dans notre vie, est considéré non seulement comme essentiel et naturel, mais comme ce qu’il y a de plus beau et de plus noble, l’amour de la patrie, sa défense, sa gloire, la lutte avec ses ennemis, etc., il est terriblement difficile de deviner que tout cela est non seulement un crime envers la loi du Christ, mais un désaveu complet de cette loi. Notre vie est si éloignée de la doctrine du Christ, qu’à cause de cet éloignement nous avons beaucoup de peine à la comprendre. Nous sommes restés si sourds à ce qu’il nous a recommandé comme règles de la vie, nous avons tellement oublié ses exhortations, non seulement de ne pas tuer, mais de ne pas se mettre en colère, de ne pas se défendre, de présenter la joue, d’aimer ses ennemis ; nous sommes maintenant tellement habitués à appeler les hommes qui consacrent toute leur vie au meurtre l’armée du Christ, à entendre des prières adressées au Christ pour s’assurer la victoire sur les ennemis, à mettre notre orgueil et notre gloire dans le meurtre, à ériger l’épée, symbole du meurtre, en une espèce d’objet sacré au point qu’un homme privé de ce symbole — de son épée, est un homme