Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/135

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drait-il si les hommes croyaient à la nécessité d’observer ces commandements au moins aussi sérieusement qu’ils croient qu’il faut prier tous les jours, aller à la messe le dimanche, jeûner chaque vendredi, et faire ses dévotions chaque année ? Qu’adviendrait-il si les hommes avaient foi dans ces commandements au moins autant qu’ils ont foi dans les prescriptions de l’Église ? Et je me représentais la société chrétienne qui vivrait et élèverait des générations d’après ces commandements. Je me figurais qu’on nous enseignait à nous tous et à nos enfants, dès le bas âge, par les paroles et les actes, non pas ce que l’on nous enseigne maintenant, c’est-à-dire que l’homme doit conserver sa dignité, défendre ses droits contre les autres (ce qu’on ne peut faire sans offenser et abaisser les autres), mais qu’on nous enseignait que nul homme n’a aucune espèce de droit et ne peut être ni au-dessus ni au-dessous de personne ; que celui qui veut dominer les autres s’abaisse et s’avilit ; qu’il n’y a pas d’état plus humiliant pour l’homme que l’état de colère contre son semblable ; que ce qui me paraît dans un autre méprisable et insensé ne peut excuser ni ma colère ni mon hostilité contre lui. Je me figurais qu’au lieu de l’organisation actuelle de notre vie, — depuis les vitrines des magasins jusqu’aux théâtres et les toilettes des femmes qui éveillent la convoitise des sens, — on nous inspirait à nous et à nos enfants,