Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/161

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


maître qui leur avait indiqué clairement ce qu’ils devaient faire pour rendre leur vie plus heureuse, et que les paroles de ce maître signifiaient pour les uns qu’il viendrait sur les nuages organiser la société ; d’autres tenaient ces paroles pour admirables mais impossibles à mettre en pratique, car la vie humaine, différente de ce que nous aurions voulu qu’elle fût, est sans intérêt, et c’est sur l’étude des lois de cette vie que la raison doit se concentrer sans se préoccuper du bien de chaque homme.

L’Église dit : La doctrine de Christ est irréalisable parce que la vie en ce monde est nécessairement mauvaise. Il faut mépriser cette vie et avoir la foi, c’est-à-dire croire en une vie future, bienheureuse, éternelle ; il faut continuer ici-bas à vivre comme on vit, et prier.

La philosophie, la science, l’opinion publique disent : La doctrine de Christ est irréalisable parce que la vie de l’homme dépend non pas de sa raison mais de lois générales ; aussi, il est inutile de tâcher de vivre conformément à sa raison, mais il faut garder la ferme conviction que, d’après les lois du progrès, notre vie s’améliorera.

Des gens arrivent dans une ferme ; ils y trouvent tout ce qu’il faut pour vivre : la maison est fournie de tout, le grenier regorge de blé, les caves et les celliers sont bien garnis ; dans la cour il y a des instruments aratoires, des outils, des harnais, des