Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/218

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c’est-à-dire de la doctrine raisonnable qui enseigne le vrai bien de la vie. Les doctrines morales des prophètes du monde entier ne seraient pas restées stériles pour eux. Ils auraient eu leurs petits docteurs de la vérité et auraient cru en eux. Aujourd’hui, toute la vérité est révélée ; mais cette vérité a tellement épouvanté ceux dont les œuvres étaient mauvaises qu’ils l’ont transformée en mensonge, et les hommes ont perdu confiance dans cette vérité. Dans notre société européenne, les paroles où Christ affirme qu’il est venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, et que quiconque est enfant de vérité entend sa parole, ont été depuis longtemps écartées par la question de Pilate : Qu’est-ce que la vérité ? Ces paroles, citées comme une amère et profonde ironie contre un Romain, nous les avons prises au sérieux et en avons fait un article de foi. Dans notre monde, tous les hommes non seulement vivent sans vérité mais sans le moindre désir de la connaître et avec la ferme conviction que, de toutes les occupations inutiles, la plus inutile est la recherche de la vérité qui règle la vie humaine.

La doctrine sur la vie — ce qui chez tous les peuples, jusqu’à notre société européenne, était toujours considéré comme la chose la plus importante, dont Christ disait qu’elle était la seule chose nécessaire — est précisément ce qui est exclu de notre vie et de toute l’activité humaine. Une insti-