Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/220

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


terner et se redresser sans jamais rien faire pour les hommes ; ou bien déclarer la doctrine de Christ impossible à pratiquer, accepter l’iniquité de la vie sanctionnée par la religion, ou bien enfin renoncer à la vie, ce qui est une sorte de suicide lent.

Si surprenante que paraisse, à quiconque a compris la doctrine de Christ, cette affirmation que la doctrine du Christ est excellente mais impossible à pratiquer, il est encore plus surprenant de croire qu’un homme, pour pratiquer la doctrine du Christ, doit se retirer du monde.

Cette erreur — qu’il vaut mieux pour un homme s’éloigner du monde que de s’exposer aux tentations, — est une ancienne erreur depuis longtemps connue des Hébreux bien qu’étrangère non seulement à l’esprit du christianisme, mais même au judaïsme. C’est contre cette erreur que fut écrite, longtemps encore avant Christ, l’histoire très aimée et souvent citée par Christ du prophète Jonas. Jonas, le prophète, veut rester seul juste et il s’éloigne des hommes pervers. Mais Dieu lui signifie qu’en sa qualité de prophète, il doit précisément communiquer aux hommes égarés sa connaissance de la vérité ; c’est pourquoi il ne doit pas fuir ces hommes égarés mais vivre avec eux. Jonas, dégoûté de la dépravation des gens de Ninive, les fuit. Mais Jonas a beau fuir sa vocation, Dieu le ramène, par l’entremise de la baleine, chez les