Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/241

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abstiens-toi de ces choses stupides et tu seras plus heureux.

« Oui, répond-on à cela, mais le monde est ainsi fait qu’on est encore plus malheureux de se mettre en opposition avec son organisation que de s’y soumettre. Qu’un homme refuse de faire son service militaire, il sera enfermé dans une forteresse, peut-être fusillé. Qu’un homme ne se mette pas à l’abri du besoin en n’amassant pas ce qui est nécessaire pour lui et sa famille, lui et sa famille mourront de faim ». Ainsi raisonnent les gens qui s’efforcent de défendre l’organisation sociale ; mais eux-mêmes ne pensent pas ainsi. Ils disent cela uniquement parce qu’ils ne peuvent pas nier la vérité de la doctrine du Christ qu’ils professent en paroles, et qu’ils doivent s’excuser, d’une façon quelconque, de ne pas pratiquer. Non seulement ils ne pensent pas ce qu’ils disent, mais ils n’ont jamais réfléchi à ce sujet. Ils ont foi dans la doctrine du monde et se contentent de l’excuse qui leur a été enseignée par l’Église : — que pour pratiquer la doctrine de Christ, il faut beaucoup souffrir, si bien qu’ils n’ont même jamais essayé de la pratiquer. Nous voyons les souffrances sans nombre qu’endurent les hommes au nom de la doctrine du monde, tandis que, de notre temps, nous ne voyons jamais de souffrances causées par la doctrine de Christ. Trente millions d’hommes ont péri dans les guerres, au nom de la doctrine du