Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/247

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pas séparer, être en relation avec chacun, et, l’essentiel, ne jamais rien faire contre son gré et ne pas craindre ce qui vous attend. Le pauvre sera malade et souffrant, il mourra comme tous (à en juger par les malades et les mourants de la classe pauvre, moins péniblement que les riches), mais il vivra plus heureux, sans aucun doute. Être pauvre, mendiant, vagabond (πτωχός) c’est précisément ce qu’enseignait Christ ; c’est la condition sans laquelle on ne peut entrer dans le royaume de Dieu et être heureux ici-bas.

« Mais personne ne te nourrira et tu mourras de faim », dit-on. À l’objection que l’homme vivant selon la doctrine du Christ mourra de faim, Christ a répondu par une courte sentence (celle même qu’on interprète de façon à justifier l’oisiveté du clergé) (Matth., x, 10 ; Luc, x, 7).

Il dit : « Ne prenez ni sac pour le voyage, ni deux habits, ni souliers, ni bâton ; car l’ouvrier est digne de sa nourriture. » « Et demeurez dans cette maison-là, mangeant et buvant ce qu’on vous donnera, car l’ouvrier est digne de son salaire. »

Celui qui travaille mérite ἔξεστι, mot pour mot : peut et doit avoir sa nourriture. C’est une très courte sentence ; mais pour quiconque la comprendra comme la comprenait Christ, il ne peut plus être question du danger de mourir de faim dont serait menacé quiconque ne possède aucune propriété. Pour comprendre ces mots dans leur vrai