Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/288

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Le lien qui reliait le monde à l’Église, et qui donne le sens au monde, est devenu de plus en plus faible à mesure que le suc de la vie se répandait de plus en plus dans le monde. Maintenant que tout le suc s’est déjà répandu, ce lien n’est plus qu’une entrave.

C’est le procédé mystérieux de l’enfantement ; et il s’accomplit sous nos yeux. Au même moment se rompt le dernier lien avec l’Église et s’établit le fonctionnement indépendant de la vie.

La doctrine de l’Église, avec ses dogmes, ses conciles, sa hiérarchie, est indubitablement liée à la doctrine de Christ. Ce lien est tout aussi évident que le lien qui reliait à sa mère l’enfant qui vient de naître. Mais comme le cordon ombilical et le délivre deviennent, après la naissance, des morceaux de chair inutiles, qu’il faudrait enterrer avec soin par égard pour ce qu’ils contenaient, ainsi l’Église est devenue un organe inutile, qui a fait son temps, qu’il faut conserver quelque part, par égard pour ce qu’elle a été auparavant. Dès que la respiration et la circulation du sang se sont établies, le lien, qui était auparavant la source de la nutrition, devient inutile ; et les efforts que l’on ferait pour maintenir ce lien et forcer l’enfant qui voit le jour à se nourrir par le cordon ombilical et non par la bouche et les poumons seraient insensés.

Mais la délivrance de l’enfant sorti du sein de sa mère n’est pas encore la vie. La vie du nouveau-