Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/37

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j’adorais des institutions non chrétiennes qui étreignaient ma vie de toutes parts.

Dans tout l’Ancien Testament il est dit que les malheurs du peuple juif provenaient de ce qu’il croyait à de faux dieux et non au vrai Dieu. Samuel, dans son livre premier, chapitres viii et xii, accuse le peuple d’avoir ajouté à toutes ses autres apostasies celle d’avoir élu à la place de Dieu, qui était leur roi, un homme qui, selon eux, devait les sauver. Ne vous fiez pas au « tohu » ou néant, dit Samuel au peuple, chapitre xii, 12. Il ne peut vous apporter ni secours ni délivrance parce que c’est le « tohu », le néant. Pour ne pas périr, vous et votre roi, restez fidèles au seul Dieu.

C’est précisément la foi dans ce « tohu », dans ces idoles creuses, qui m’avait caché la vérité. En travers du chemin qui mène à la vérité, interceptant sa lumière, se dressait devant moi le « tohu » que je n’avais pas la force de renier.

Un de ces jours, j’allais vers la porte Borovitzky ; sous la porte se tenait un vieux mendiant boiteux, les oreilles bandées d’un chiffon. Je tirai ma bourse pour lui faire l’aumône. Au même moment je vis déboucher du Kremlin, au pas de course, un jeune grenadier en paletot de peau de mouton, le visage coloré, l’air martial. Ayant aperçu le soldat, le mendiant se leva effrayé et se mit à courir à cloche-pied vers le jardin Alexandre. Le grenadier le poursuivit, mais il s’arrêta avant de