Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/52

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ves et de ces maux qu’ils devaient supporter avec fermeté et résignation selon la volonté de Dieu.

Il suffit de se représenter la situation des premiers chrétiens parmi les païens pour comprendre que les chrétiens persécutés par les tribunaux humains, ne pouvaient même pas concevoir la pensée d’interdire ces tribunaux. Ce n’est qu’incidemment qu’ils pouvaient dénoncer ce mal.

J’interroge les Pères de l’Église des premiers siècles et je vois qu’ils n’obligent personne à rien, ne jugent ni ne condamnent personne (Athénagor, Origène), et acceptent les supplices auxquels les condamnent les tribunaux humains. Tous les martyrs manifestaient la même volonté par leurs actes. Je vois que toute la chrétienté, jusqu’à Constantin, regardait toujours les tribunaux humains seulement comme un mal qu’il faut supporter avec patience, et que jamais aucun chrétien de ce temps n’a pu concevoir la possibilité pour un chrétien de faire partie d’un tribunal.

Ainsi, les paroles de Christ : Ne jugez point et ne condamnez point étaient comprises par ses premiers disciples comme je les comprenais maintenant, dans leur sens direct : ne jugez point dans les tribunaux, n’en faites point partie.

Ainsi, tout venait renforcer ma conviction que les paroles : Ne jugez point et ne condamnez point, veulent dire : ne jugez point en justice. Toutefois, la signification de ne pas médire du prochain