Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/98

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ces paroles ne découlait pas l’exhortation à la paix absolue. Ces mots me troublaient. Pour éclaircir mes doutes, je m’adressai aux commentaires des théologiens ; à mon grand étonnement, je constatai que les commentaires des Pères s’appliquaient à préciser dans quels cas la colère est permise ou non. Tous les commentateurs de l’Église s’attachent surtout à l’expression sans cause et l’expliquent dans le sens qu’il ne faut pas offenser quelqu’un sans raison, qu’il ne faut pas injurier, mais que la colère n’est pas toujours injuste, et, à l’appui de leur explication, ils citent des exemples de la colère des Apôtres et des Saints.

Force m’était de reconnaître que leur explication que la colère à la gloire de Dieu, comme ils disent, n’est pas répréhensible quoique contraire à tout l’esprit de l’Évangile, était logique et fondée sur les mots sans cause, du verset 22. Ces mots changeaient complètement le sens du passage.

Ne te mets pas en colère sans cause. Christ ordonne de pardonner à chacun, de pardonner sans limite ; lui-même pardonne et interdit à Pierre de se mettre en colère contre Malchus, quand Pierre défend son maître mené au supplice, ce qui semble une cause assez légitime. Et voilà que ce même Christ enseigne à tous les hommes de ne pas se mettre en colère sans cause, admettant ainsi la colère pour une raison, pour une cause. Christ enseigne la paix à tout le peuple et, tout à coup,