Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol26.djvu/20

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À Moscou il y a beaucoup de mendiants de toutes sortes. Il y en a qui ne vivent que de mendicité. Il y a de vrais mendiants, qui sont venus à Moscou pour une cause quelconque et sont en effet dans la misère.

Parmi ceux-ci il y a souvent de simples paysans et des femmes en habits de paysannes. J’en ai rencontré souvent de pareils.

Quelques-uns sont tombés malades ici ; ils sont sortis de l’hôpital mais ne peuvent ni se nourrir, ni partir de Moscou. En outre, il y en avait parmi eux qui s’enivraient (c’était sans doute le cas de cet hydropique) ; quelques-uns n’étaient pas malades mais avaient été victimes de l’incendie, ou ils étaient vieux ; ou c’étaient des femmes avec des enfants ; quelques-uns étaient tout à fait forts, capables de travailler. Les paysans robustes qui demandaient l’aumône m’ont particulièrement intéressé. Ces paysans, vigoureux, capables de travailler et qui mendiaient, m’intéressaient encore parce que, depuis mon arrivée à Moscou, j’avais pris l’habitude, pour faire quelque exercice, d’aller travailler aux Montagnes-des-Moineaux, avec deux paysans qui sciaient du bois là-bas. Ces deux paysans étaient tout à fait semblables aux mendiants que je rencontrais dans les rues. L’un, Pierre, était soldat de Kalouga, l’autre, Siméon, de Vladimir. Ils ne possédaient rien, sauf l’habit qu’ils avaient sur le corps et leurs deux bras, et avec