Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol26.djvu/22

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— Pourquoi ne viendrais-je pas ? Est-ce un plaisir de mendier ? Je puis travailler, — dit-il.

Le paysan jura qu’il viendrait et il me sembla qu’il ne me trompait pas et qu’il avait l’intention ferme de venir.

Le lendemain, je vais chez les paysans, mes connaissances, et leur demande si le paysan est venu ? — Non, il n’est pas venu. Je fus trompé de la sorte par quelques-uns. On m’a aussi trompé de la façon suivante : certains me disaient qu’il leur fallait seulement de l’argent pour prendre un billet de chemin de fer afin de retourner chez eux, et une semaine après, je les rencontrais de nouveau dans la rue. Je reconnaissais déjà plusieurs d’entre eux ; eux aussi me reconnaissaient, mais parfois, ils m’oubliaient et me répétaient le même mensonge, d’autres s’éloignaient en me voyant. J’ai reconnu qu’il y avait dans cette catégorie beaucoup de trompeurs, mais tous ces trompeurs étaient très miséreux ; tous étaient demi-nus, pauvres, maigres, chétifs ; c’étaient de ceux qui, en effet, gèlent ou se pendent comme nous l’apprenons par les journaux.