Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/122

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


aiment qui ? Toujours Erochka ; parce que j’étais un vrai Djiguite : ivrogne, voleur, voleur de troupeaux, de chevaux dans la montagne, bon chanteur, j’étais bon pour tout ! Maintenant il n’y a plus de Cosaques de cette trempe. Ils font pitié à voir. Pas plus haut que ça (Erochka montrait un archine de la terre). Il prend des bottes ridicules et les regarde sans cesse, c’est son seul plaisir.

Ou bien il s’enivre, et il ne s’enivre même pas comme un homme, mais comme ça, rien. Et moi, qui étais-je ?

J’étais Erochka le voleur ! J’étais connu non seulement dans les stanitza, mais aussi dans les montagnes. Des princes venaient et moi j’étais kounak avec tous. Tatars, c’est Tatar ; Arméniens, Arménien ; soldats, soldat ; officiers, officier. Pour moi, c’était tout égal pourvu qu’ils fussent buveurs. On me dit : tu dois te purifier de cette communion avec le monde ; ne bois pas avec les soldats ; ne mange pas avec le Tatar.

— Qui dit cela ? — demanda Olénine.

— Nos savants qui disent cela. Écoute d’un autre côté un Moula ou un Kadia tatars, alors ils te diront : « Vous êtes des Giaours infidèles, pourquoi mangez-vous du porc ? » C’est-à-dire, chacun doit s’en tenir à sa religion. Mais pour moi, tout se vaut. Dieu a fait tout pour la joie de l’homme. Rien n’est péché. Par exemple la bête,