Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/177

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manda quelque chose à son compagnon. Son compagnon lui répondit en désignant Loukachka. Le Tchetchenze le regarda, puis, se retournant lentement, se mit à observer l’autre rive. Ce n’était pas de la haine, mais un mépris froid qui s’exprimait dans son regard. Il prononça encore quelques mots.

— Qu’a-t-il dit ? — demanda Olénine à l’interprète remuant.

— Vous nous battez, et nous vous écraserons aussi. C’est toujours la même histoire, — dit l’émissaire qui, évidemment, mentait. Il ricana en montrant ses dents blanches, et sauta dans le canot.

Le frère du tué était assis immobile et regardait fixement l’autre bord. Il ressentait une telle haine et un tel mépris, que, dans tout cela, il ne trouvait même rien de curieux. L’émissaire était au bout de la barque et transportait la rame tantôt d’un côté, tantôt de l’autre ; il ramait très habilement et parlait sans s’arrêter.

Fendant le courant obliquement, le canot diminuait de plus en plus, les voix s’entendaient à peine, et enfin, sous les yeux des Cosaques, ils s’arrêtèrent à l’autre bord où les attendaient des chevaux. Là ils tirèrent le cadavre, et bien que le cheval s’agitât, ils le mirent en travers de la selle, puis ils montèrent sur les chevaux et au pas suivirent la route devant l’aoul, d’où pour les regarder sortait une foule de gens. Les Cosa-