Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/211

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on célébrait aujourd’hui la fête, devait offrir du vin avec des baisers. Elle consentit mais à la condition qu’on lui mettrait de l’argent sur une assiette, comme il était d’usage aux noces. « Le diable m’a poussé à cette odieuse soirée », pensa Olénine ; et il se leva pour partir.

— Où allez-vous ?

— Je vais chercher du tabac — dit-il, ayant l’intention de fuir. Mais Bieletzkï le saisit par le bras.

— J’ai de l’argent, — lui dit-il en français.

« On ne peut s’en aller, ici il faut payer » pensa Olénine, et il avait du dépit de sa gaucherie. « Ne puis-je donc pas faire comme Bieletzkï ? Il ne fallait pas venir, mais une fois que je suis là, je ne dois pas gâter leur plaisir. Il faut boire selon la coutume des Cosaques. » Et, prenant la tschapoura (coupe en bois qui contient huit verres) il y versa du vin et la vida presque complètement. Les jeunes filles le regardèrent boire avec étonnement et presque avec effroi. Elles trouvaient cela étrange et inconvenant. Oustenka leur offrit encore un verre à chacun et les embrassa tous les deux.

— Voilà, mes filles, nous nous amuserons — dit-elle en secouant sur une assiette quatre pièces de monnaie qu’ils y avaient déposées.

Olénine déjà ne se sentait plus gêné, il devenait bavard.

— Eh bien ! maintenant, Marianka, toi, offre-nous