Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/391

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mand, ou tout simplement faisait des réflexions desquelles tous mouraient de rire. Il est vrai que sa réputation de blagueur était si bien établie dans la batterie qu’il n’avait qu’à ouvrir la bouche et à cligner des yeux pour susciter un éclat de rire général. Mais il avait réellement en lui beaucoup de vrai comique et d’improvisation. — En chaque objet il voyait quelque chose de particulier, quelque chose que personne ne remarquait, et surtout cette capacité de voir en tout le ridicule n’était jamais en défaut.

Le quatrième soldat était un jeune garçon sans apparence, une recrue de l’enrôlement de l’année précédente et qui était en expédition militaire pour la première fois de sa vie. Il se tenait dans la fumée même et si près du feu que sa pelisse usée semblait devoir s’enflammer ; mais, néanmoins, avec ses pans écartés, sa pose tranquille, satisfaite, ses mollets rebondis, on voyait qu’il éprouvait un grand plaisir.

Enfin, le cinquième soldat, qui était un peu plus loin du bûcher et qui taillait une baguette, était l’oncle Jdanov. De tous les soldats de la batterie, Jdanov était le plus ancien au service. Il avait connu tous les autres comme recrues, et tous, par une vieille habitude, l’appelaient le petit oncle. D’après la chronique, il n’avait jamais bu, ni fumé, ni joué aux cartes, ni proféré un seul juron. Il employait à la cordonnerie tout son temps libre.