Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/420

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X


Pendant que nous, les artilleurs, étions occupés près des canons à disposer les avant-trains, les caissons, les voitures à munitions, l’infanterie avait déjà mis les fusils en faisceaux, allumé des bûchers, élevé de petites huttes de branches et de paille de maïs, et préparé le gruau.

Il commençait à faire sombre. Des nuages blanc-bleuâtre couraient sur le ciel. Le brouillard qui se transformait en une vapeur humide mouillait la terre et les capotes des soldats ; l’horizon devenait plus étroit, et tous les environs prenaient une teinte foncée. L’humidité que je sentais à travers mes bottes, et derrière la cour le mouvement sans repos, la conversation à laquelle je ne prenais aucune part, la boue collante où les pieds s’enfoncaient, et l’estomac vide après une journée de fatigue physique et morale, me mettaient dans la plus fâcheuse disposition d’esprit. Velentchouk ne