Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/64

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du faisan. Celui-ci tressaillit, mais il n’avait même pas le temps d’étendre les ailes que déjà sa tête ensanglantée tombait de côté.

— Voilà comment on s’y prend, — dit Loukachka en jetant le coq. — Ce sera un gros pilau.

Nazarka tressaillit en regardant le faisan.

— As-tu entendu dire, Loukachka, qu’il nous envoie de nouveau au secret, ce diable-là, — ajouta-t-il en prenant le faisan, l’épithète diable s’appliquant à l’ouriadnik. — Il a envoyé Fomouchkine chercher du vin ; c’était son tour. Combien de nuits avons-nous fait la garde ! C’est sur notre dos qu’il fait son service.

En sifflant, Loukachka marcha vers le cordon.

— Prends la ficelle ! — cria-t-il.

Nazarka obéit.

— Je le lui dirai aujourd’hui, sans faute, je le lui dirai, — continuait Nazarka. — Disons-lui que nous n’irons pas, que nous sommes fatigués et c’est tout. Vraiment dis-le-lui, il t’écoutera. Autrement, qu’est-ce donc ?

— Bah ! il n’y a de quoi parler ! — dit Loukachka, visiblement préoccupé d’autre chose. — Ça ne vaut rien ! Ce serait mal s’il nous chassait pour la nuit de la stanitza. Là-bas on s’amuse, et ici, quoi ? Rester au cordon ou au secret, bah ! c’est la même chose !

— Et à la stanitza, tu viendras ?

— Oui, pour la fête.