Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/75

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il prononça « Au nom du Père et du Fils » et laissa tomber la gâchette.

Une lumière brillante éclaira pour un moment l’eau et les roseaux. Le son sec et court du coup retentit sur le fleuve et quelque part au loin, se transforma en un bruit formidable. Déjà la branche ne nageait plus en travers du fleuve, mais suivait le courant en tourbillonnant.

— Tiens ! — cria Ergouchov en tâtant son fusil et se soulevant au-dessus de la bûche.

— Tais-toi, diable, les Abreks ! — chuchota Louka les dents serrées.

— Sur qui as-tu tiré ? — demanda Nazarka — Qu’as-tu tué, Loukachka ?

Loukachka ne répondit rien. Il chargea son fusil et suivit la branche qui s’éloignait. Elle s’arrêta non loin, sur un haut-fond, et une masse noire parut, ballottant au-dessus de l’eau.

— Sur qui as-tu tiré ? Pourquoi ne le dis-tu pas ? — demandaient de nouveau les Cosaques.

— Les Abreks, te dis-je, — répéta Loukachka.

— Assez de bêtises ! Ton fusil a peut-être éclaté par hasard ?

— J’ai tué un Abrek, voilà qui j’ai tué — prononça Loukachka d’une voix suffocante d’émotion, en se dressant sur ses jambes. — L’homme nageait… — fit-il en montrant le banc de sable. — Je l’ai tué ! Regarde par ici.