Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/107

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rait les joues entre la barbe et les favoris noirs. Les cheveux non peignés, relevés, découvraient un front pas très haut et extraordinairement pur. Les yeux sombres, fatigués, regardaient droit, humblement et en même temps avec gravité.

Leur expression se confondait agréablement avec celle des lèvres fraîches, un peu arquées, dont on apercevait les coins au-dessous de la moustache rare.

Après quelques pas il s’arrêta, se tourna vers le jeune homme et sourit. Il sourit comme avec effort, mais quand le sourire éclaira son visage, le jeune homme, sans savoir lui-même à quoi, sourit aussi.

— Qui est-ce ? — demanda-t-il tout bas à la bonne quand la figure étrange disparut dans la chambre d’où l’on entendait les danses.

— C’est un musicien du théâtre, un fou, — répondit la bonne. — Il vient parfois chez ma maîtresse.

— Où es-tu parti. Delessov ? — criait-on en ce moment dans la salle.

Le jeune homme qu’on appelait Delessov retourna dans la salle.

Le musicien se tenait près de la porte ; il observait les danseurs, et son sourire, son regard, ses trépignements témoignaient du plaisir que lui donnait ce spectacle.

— Eh bien quoi ! Dansez donc vous aussi, — lui