Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/109

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dressant aux hôtes. — Il peut à peine marcher, comment pourrait-il danser !

— Qui est-ce ? — demanda-t-on à la maîtresse.

— Un pauvre homme, un artiste, un très bon garçon, mais un miséreux, comme vous voyez.

Elle disait cela sans se gêner près du musicien.

Le musicien se ressaisit et, comme s’effrayant de quelque chose, repoussa ceux qui l’entouraient.

— Ce n’est rien. — fit-il tout à coup en se levant de la chaise avec un effort évident.

Et pour prouver qu’il ne souffrait pas du tout, il se rendit au milieu de la chambre, voulut faire quelques sauts, mais il chancela et serait tombé de nouveau si on ne l’avait soutenu.

Tous semblaient gênés ; tous le regardaient en silence.

Le regard du musicien s’éteignit de nouveau et oubliant évidemment tous les assistants, de sa main, il frottait son genou. Tout à coup il releva la tête, avança sa jambe tremblante, du même geste banal de tout à l’heure, rejeta ses cheveux et s’approchant du violoniste lui prit son instrument.

— Ce n’est rien, — répétait-il de nouveau en agitant le violon. — Messieurs, faisons de la musique.

— Quel étrange visage, — disaient entre eux les hôtes.

— Il y a peut-être un grand talent dans cette créature malheureuse, — dit quelqu’un.