Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/286

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moi sur la pointe des pieds, et, en faisant signe de la main et clignant des yeux, me montrait Dmitrï Sidérov qui ne se doutait nullement que nous le voyions ; et quand Dmitrï Sidérov se retirait sans nous avoir remarqués, joyeux que tout se fût bien passé, mon mari disait, comme en toute occasion semblable, que j’étais un charme, et m’embrassait. Parfois ce calme, cette indulgence, cette indifférence à tout me déplaisait ; je ne remarquais pas la même chose en moi et considérais cela comme une faiblesse. « C’est comme un enfant qui n’ose pas montrer sa volonté », pensais-je.

« Ah ! mon amie, me répondit-il, une fois que je me déclarais étonnée de sa faiblesse, peut-on être mécontent de quelque chose quand on est aussi heureux que moi ? C’est plus facile de céder que de courber les autres, je m’en suis convaincu depuis longtemps et il n’y a pas de situation où bon ne puisse être heureux, et nous sommes si bien que je ne puis me fâcher ; pour moi, maintenant il n’y a plus de méchants, il n’y a que des malheureux et des grotesques. Et surtout : le mieux est l’ennemi du bien. Le croirais-tu, quand j’entends la sonnette, quand je reçois une lettre, ou tout simplement quand je m’éveille, je suis tout troublé, troublé à la pensée qu’il faut vivre, que quelque chose changera et que rien ne peut être mieux que maintenant.

Je le croyais mais sans le comprendre, je trou-